Depuis les premières semaines de l’année 2026, la trajectoire géopolitique du Moyen-Orient a progressivement quitté le registre d’une crise intérieure iranienne pour entrer dans celui d’un affrontement régional à haut risque systémique pour l’équilibre énergétique mondial.

1. Une montée en pression progressive

En janvier, de vastes manifestations anti-régime en Iran ont été violemment réprimées, faisant des milliers de morts et suscitant une condamnation internationale marquée. Cette déstabilisation interne a ravivé les tensions avec Washington. Dans les semaines suivantes, l’administration américaine a significativement renforcé sa présence militaire dans la région, massant troupes, matériel et navires de guerre à proximité des côtes iraniennes, dans une démonstration de force laissant planer la menace d’une intervention directe.

Une tentative d’apaisement diplomatique a néanmoins été engagée sous médiation omanaise. Trois cycles de négociations se sont tenus les 6, 17 et 26 février 2026. Les discussions ont porté sur le programme nucléaire iranien, les capacités balistiques du pays ainsi que le soutien de Téhéran aux milices régionales. Malgré des signaux d’optimisme affichés par la partie iranienne, les États-Unis sont demeurés prudents et aucun accord structurant n’a émergé.

Dans ce contexte, le marché pétrolier est resté relativement stable, soutenu par une offre mondiale abondante et des stocks asiatiques élevés.

2. Le début du conflit

Le 28 février 2026 marque cependant une rupture stratégique majeure. L’armée israélienne lance une attaque surprise d’ampleur contre l’Iran, visant près de 500 objectifs politiques et militaires. Parmi les victimes figurent l’Ayatollah Ali Khamenei ainsi qu’une cinquantaine de hauts responsables du régime. Cette opération cible directement le sommet du pouvoir iranien. Téhéran réplique immédiatement en lançant des missiles balistiques vers Israël et en déployant des drones offensifs.

3. L’extension du conflit

Les États-Unis rejoignent alors Israël dans les opérations militaires contre les positions iraniennes. Rapidement, le théâtre des affrontements s’élargit. L’Iran vise des bases américaines dans la région ainsi que des zones civiles et économiques dans plusieurs pays du Golfe, notamment les Émirats arabes unis, le Koweït, Bahreïn et Dubaï. Parallèlement, le Hezbollah libanais entre dans le conflit, déclenchant des frappes israéliennes au Liban, y compris dans la périphérie de Beyrouth. Le risque d’embrasement régional devient tangible.

Au cœur de cette crise se trouve le détroit d’Ormuz, corridor maritime stratégique par lequel transitent en moyenne environ 20 millions de barils de pétrole brut par jour, soit près de 20 % de la consommation mondiale. Ce passage constitue l’axe vital des exportations pétrolières de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de l’Irak, des Émirats arabes unis et du Koweït, ainsi que du gaz naturel liquéfié qatari. Dans le contexte actuel, le passage a été effectivement interrompu : environ 150 tankers et méthaniers sont immobilisés à l’ancre, au moins trois navires ont été attaqués, les primes d’assurance ont fortement augmenté et plusieurs compagnies maritimes ont suspendu leurs rotations. Aucune route alternative ne permet de compenser pleinement ce corridor stratégique, ce qui fait de sa fermeture un risque énergétique majeur.

4. Implications pour les marchés énergétiques

La réaction des marchés a été immédiate. À la réouverture après le week-end du 28 février, le Brent a bondi entre 79 et 82 dollars par baril, soit une hausse comprise entre 8 et 13 %, retrouvant des niveaux observés lors des tensions de 2025, tout en demeurant en deçà des pics supérieurs à 130 dollars atteints lors de la crise russo-ukrainienne. Les analystes estiment que si le détroit demeure fermé plusieurs semaines, un retour vers 100 dollars le baril, voire au-delà, deviendrait probable.

Le choc s’est propagé au gaz. Le 2 mars, Qatar Energy annonce l’arrêt complet de ses installations d’exportation de GNL après l’explosion d’un missile à proximité du complexe de Ras Laffan. En 2025, le Qatar a exporté environ 110 milliards de mètres cubes de gaz, dont 90 % vers l’Asie et 10 % vers l’Europe. À la suite de cette annonce, le contrat TTF M+1 a bondi de plus de 50 % en séance avant de se stabiliser autour de +41 %, illustrant la sensibilité extrême des marchés européens au moindre choc sur l’offre mondiale de GNL.

L’Iran, pour sa part, produit environ 3 millions de barils de pétrole par jour en 2026, soit près de 3 % de l’offre mondiale. Une très large part de cette production transite par le détroit d’Ormuz et 90 % des exportations iraniennes sont destinées à la Chine, conférant à Pékin un rôle potentiellement déterminant dans l’évolution diplomatique. La durée du conflit constitue désormais la variable centrale. Donald Trump a évoqué une campagne militaire de quatre à cinq semaines — idéalement deux semaines — tout en excluant l’engagement de troupes terrestres américaines. L’Iran, de son côté, mise sur une pression politique des États arabes afin de contraindre Washington à modérer son action, plusieurs pays du Golfe redoutant une reconfiguration régionale instable.

La vulnérabilité énergétique s’est accrue à mesure que des infrastructures stratégiques ont été endommagées ou mises à l’arrêt :

  • raffinerie de Ras Tanura en Arabie saoudite,
  • complexe gazier de Ras Laffan au Qatar,
  • île de Kharg en Iran (90 % des capacités de raffinage du pays),
  • champs pétroliers en Irak,champ gazier du Léviathan en Israël,
  • destruction ou endommagement de plusieurs tankers.

Dans un tel environnement, la nervosité des marchés devient structurelle. Si la fermeture d’Ormuz devait se prolonger et que les infrastructures énergétiques continuaient d’être ciblées, la prime de risque pourrait s’inscrire durablement dans les prix du pétrole et du gaz. Les répercussions sur les carburants et l’inflation seraient alors immédiates, notamment aux États-Unis et en Europe, où l’équilibre économique demeure étroitement corrélé à la stabilité des approvisionnements énergétiques mondiaux.

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